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Homélie du Père J.B. Armnius du dimanche 29 août 2010
Quand j’étais plus jeune, il y avait un jouet qui faisait fureur, c’était le Tamagotchi.
Le Tamagotchi, c’est une espèce de jeu électronique de la taille d’un porte-clés, que les enfants promènent sur eux, et qui représente un personnage fictif.
Ce personnage, il faut le réveiller le matin, en prendre soin durant la journée, le soigner quand il indique des signes de faiblesse… et tout cela en appuyant sur des petits boutons.
En chacun de nous, il y a un petit Tamagotchi, un petit personnage qu’on s’imagine et dont on prend grand soin. C’est notre superbe. La surestime de soi. La hauteur que l’on prend sur nous-mêmes et sur les autres…
Et on dépense beaucoup d’énergie à faire vivre ce personnage qu’on s’invente, personnage grand et beau, personnage fort et suffisant, aimant montrer qu’il sait, aimant se vanter, se mettre en avant, raconter les petites histoires où il a la vedette, quitte à en rajouter un tout petit peu…
Et bien sûr, tout compliment et toute flatterie sont les bienvenus !
Oui, en nous il y a un tamagotchi : un rien qui se prend pour quelque chose…
Mais l’humilité est vérité. L’humilité consiste à me reconnaître tel que je suis vraiment devant le Seigneur. Car CE QUE JE SUIS DEVANT LE SEIGNEUR, VOILA CE QUE JE SUIS VRAIMENT.
Je connais une personne qui suit une psychothérapie car, m’a-t-elle dit : « j’ai le sentiment de n’être rien, et j’ai besoin d’en être guérie ». Mais en réalité, c’est faux ! Elle ne sera guérie que lorsqu’elle aura accepté l’idée qu’elle n’est rien. Ce qu’elle a vraiment, c’est un complexe d’infériorité, une dévalorisation qui est au fond une autre forme d’orgueil, un repli sur soi qui conduit au désespoir.
Au contraire, l’humilité-vérité est connaissance de soi à la lumière de Dieu.
CE QUE JE SUIS DEVANT LE SEIGNEUR, VOILA CE QUE JE SUIS VRAIMENT. Pas plus ! Et face à la lumière d’amour de Dieu, je ne suis rien. Alors pourquoi est-ce que je me prends pour quelque chose ? Alors pourquoi m’inventer un personnage ? Pourquoi est-ce que j’estime que mon idée à moi doit passer avant celle des autres ? Pourquoi est-ce que je suis contrarié par un petit rien, avec l’impression que c’est la terre entière qui s’arrête de tourner ?
Parce que Tamagotchi ! Le tamagotchi, c’est le vieil homme qui est en nous. Et nous savons quel sort est réservé à ce vieil homme. Il doit être réduit à ce qu’il est vraiment : à rien. Il doit tout simplement mourir, pour faire vivre l’homme nouveau, l’homme renouvelé par la grâce. « Qui s’abaisse sera élevé. » Le Seigneur aurait pu dire : qui fait mourir son Tamagotchi vivra en vérité.
S’abaisser, c’est d’abord se mettre devant la vérité de notre propre être. Et nous savons à quel point, il nous faut lutter contre notre orgueil et notre amour propre
Dans l’Evangile, Jésus nous appelle à occuper la dernière place. Son envoi, « va te mettre à la dernière place », est en réalité une invitation. Jésus dit « va », mais en réalité, il dit « viens ! » C’est un appel ! il m’appelle à me rendre à la place que lui occupe. Va occuper la dernière place veut dire : Viens ! Car c’est là que je suis. Oui, Jésus s’est abaissé. C’est lui qui a choisi d’occuper la dernière place, celle du serviteur. Plus je m’abaisse, plus je suis serviteur, plus alors je trouve Jésus. Plus alors je peux être élevé par Lui, avec Lui, et en Lui.
Le saint Curé d’Ars disait que l’humilité, c’est comme une balance : plus on descend d’un côté, plus on monte de l’autre l’autre.
Alors, aujourd'hui, je vous propose deux humilités.
D’abord l’humilité de la foi. L’humilité de la foi, c’est se faire tout petit devant Dieu vérité. Oui, une des plus grandes des humilités, c’est notre foi. Car la foi est une forme d’abaissement. Elle est la soumission, le plein assentiment de notre intelligence et de notre volonté à la vérité révélée. Par la foi, je ne m’invente pas mon propre Credo, mais je le reçois, je l’accueille, même si je ne comprends pas tout. Par la foi, je n’accueille pas seulement les articles du Credo et les dogmes de l’Eglise qui m’arrangent ou qui satisfont mon esprit, pour laisser de côté ce avec quoi j’ai le plus de mal comme la virginité perpétuelle de Marie, ou comme l’Enfer (beaucoup de chrétiens disent encore « on ira tous au paradis », ce qui est faux !). Oui, la foi est humilité, car d’un côté elle me dépouille, et de l’autre elle me grandit. Par l’humilité de la foi, j’accepte de cheminer dans l’obscurité. Par l’humilité de la foi, j’accepte que l’Esprit Saint soit le véritable Maître de ma vie.
Ensuite, l’humilité de la confession. L’humilité de la confession, c’est se faire petit devant Dieu-Miséricorde. La confession, c’est l’aveu humble de ses péchés. Il y a même parfois une forme d’humiliation à ouvrir son cœur au Seigneur devant un prêtre, pour dire tout ce qu’il y a de mauvais. Mais c’est le meilleur moyen de vaincre le démon, qui se nourrit de notre orgueil pour nous faire refuser la grâce de la miséricorde. Par l’humilité de la confession, j’accueille la rémission de tous mes péchés. Par l’humilité de la confession, j’accepte d’avoir besoin du Christ pour être sauvé. Car le Seigneur abaisse son regard vers ce qui est humble.
Si reconnaître son péché est un grand pas dans l’humilité, il ne faut pas s’arrêter là ! on est parfois capable de reconnaître ses défauts, et même de s’accuser en confession avec beaucoup de vérité et de lumière de ses péchés, mais quand c’est quelqu'un d’autre qui vient pointer le doigt là où ça va mal, quand c’est quelqu'un d’autre qui nous le fait remarquer,… c’est moins facile de l’accepter…
On grandit encore dans l’humilité lorsqu’on accepte que la remarque et la correction viennent d’un autre, et qu’on l’accueille sans se justifier.
Mes amis, s’il nous faut avoir de l’ambition, n’ayons d’ambition que pour la sainteté. L’humilité est ce grand moyen mis à notre disposition pour ressembler à notre Dieu. Car Dieu est un Dieu humble, et Jésus, par son abaissement, nous a révélé ce visage d’un Dieu humble. Par l’Eucharistie, entrons dans l’humilité du Christ, entrons dans son mouvement d’abaissement. Entendons sa voix que nous appelle : Viens à la dernière place, car c’est là que Je Suis.
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